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Energy

Hydrogène vert: le Maroc veut transformer le soleil en industrie

Le potentiel est réel, mais la réussite dépendra moins des annonces que de la qualité des contrats, de l’eau, de la certification verte et de la bancabilité des projets.

Par Mehdi BerradaCollaborateur - Contrats internationaux et réglementation27 juin 2026

Angle investisseur

Pour les investisseurs européens, chinois et nord-américains, le Maroc offre une base crédible pour projets renouvelables, mais la bancabilité dépendra des contrats, de l’eau et de la traçabilité carbone.

Le Maroc a longtemps présenté ses énergies renouvelables comme une réponse à la dépendance énergétique. En 2026, la lecture devient plus industrielle: solaire, éolien et hydrogène vert peuvent soutenir l’exportation, la décarbonation locale et la montée en gamme des chaînes de valeur.

Dans les discussions avec les investisseurs énergétiques, le Maroc apparaît souvent comme un pays qui a déjà une histoire crédible dans les grands projets renouvelables. Cette crédibilité compte. Elle rassure les développeurs, les banques, les fournisseurs d’équipement et les acheteurs industriels qui cherchent des juridictions capables d’exécuter.

L’avantage de départ est réel: ensoleillement, potentiel éolien, proximité de l’Europe, expérience dans les grands projets et infrastructures portuaires. Mais l’hydrogène vert n’est pas un simple projet énergétique. C’est un dossier industriel, contractuel, financier et environnemental.

Mais l’hydrogène vert est une filière plus exigeante que le solaire ou l’éolien classiques. Elle suppose de relier plusieurs mondes: production électrique, eau, industrie chimique, transport, ports, acheteurs internationaux, certifications carbone et contrats de long terme. Une faiblesse dans l’un de ces maillons peut fragiliser l’ensemble.

La compétitivité dépendra du prix de l’électricité renouvelable, de la disponibilité de l’eau, du coût des électrolyseurs, de la logistique portuaire et de la qualité des contrats d’achat à long terme. Sans acheteurs solides, certification reconnue et partage clair des risques, les projets peuvent rester difficiles à financer.

La question juridique est centrale. Il faudra encadrer l’origine verte de l’énergie, les droits d’usage de l’eau, les autorisations environnementales, les garanties de performance, les responsabilités en cas de retard et les conditions d’exportation d’ammoniac ou de carburants synthétiques.

Le point le plus sensible reste souvent celui de l’eau. Un projet présenté comme vert devra expliquer d’où vient l’eau, comment elle est dessalée, quel est son coût énergétique et comment il évite de concurrencer les usages agricoles ou urbains. Les investisseurs sérieux le savent: la dimension ESG n’est plus décorative.

L’opportunité est aussi locale. L’hydrogène peut contribuer à décarboner les phosphates, les engrais, certaines industries lourdes et une partie du transport. En reliant la transition énergétique à des secteurs déjà présents, le Maroc évite de construire une filière uniquement tournée vers l’export.

Pour les groupes européens, chinois ou nord-américains, le Maroc peut devenir un lieu de production, de transformation et d’export. Mais il faudra une documentation contractuelle complète: acquisition ou usage du foncier, raccordement, permis, offtake, force majeure, responsabilité environnementale et mécanismes de règlement des différends.

Le potentiel est considérable, mais il ne se transformera pas automatiquement en rente. Les gagnants seront les projets capables de sécuriser l’eau, l’énergie, les autorisations, les acheteurs, la certification et le financement dans une architecture contractuelle robuste.

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